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    Boudjellal : « je m’interroge sur les réelles ambitions de McCourt avec l’OM »

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    Boudjellal : « je m’interroge sur les réelles ambitions de McCourt avec l’OM »

    27 févr. 2020

    Polémique

    Connu pour être un grand supporter de l’OM, Mourad Boudjellal rêve de relancer le Racing Club de Toulon vers les sommets du football français. Et quand il parle foot, celui qui a déjà réussi dans le rugby ne prend pas de gants. Aulas, Tapie, Eyraud, McCourt, Lyon, l’OM, le PSG… ses vérités ne vont pas faire plaisir à tout le monde.

    Pourquoi avez-vous attendu d'avoir 60 ans pour avoir un projet dans le foot, au SC Toulon ?

    C'est une affaire d'opportunités. Après une première expérience au RCT, j'y suis revenu lorsqu'il est remonté en Top 14 et qu'il était forcément plus intéressant. En tant qu'entrepreneur local, il me semblait évident, naturel, d'aider le club local. Intellectuellement, et financièrement, cela me semblait plus abordable que le football. Disons que je me suis fait les dents au rugby, comme une sorte de bizutage qui eut été potentiellement plus douloureux s'il avait été fait dans le milieu du foot.

    C'est parce que vous vous sentez plus fort aujourd'hui que vous arrivez dans le foot ?

    J'ai beaucoup appris en quatorze ans, c'est une certitude et si je réussis à relever le défi du Sporting, à mon âge (60 ans), ce sera le plus beau de ma vie !

    « Aulas est le dirigeant le plus intelligent du foot français, mais Tapie était le plus fort de tous, trois ou quatre étages au-dessus de tout le monde »

    Uniquement en raison de votre âge ?

    Aussi parce qu'il sera plus dur de remonter en Ligue 1 avec le Sporting en partant de plus bas (National ou certainement National 2 car l'équipe de Victor Zvunka est dernière au classement, Ndlr) que de se maintenir en Top 14 avec le Racing. Le foot, c'est un autre monde que je vais devoir apprivoiser. Je pars d'une page blanche.

    On dit beaucoup que le foot rend fou. Avez-vous peur de tomber dans la folie ?

    Je n'ai peur de rien... Ah si, d'une seule chose : l'avion.

    Avant de vous lancer dans ce projet, quels clubs avez-vous en référence pour vous guider dans vos prochaines décisions stratégiques ?

    Sans comparer les deux contextes, et n'en déplaise à mes amis de Marseille, ce que fait Jean-Michel Aulas à Lyon est remarquable. Il est un des seuls à pouvoir rivaliser avec le club-état qui domine le championnat. Je pense qu'Aulas est le dirigeant le plus intelligent du foot français.

    Un président à qui vous aimeriez ressembler ?

    Je ne cherche à copier personne. Mais Bernard Tapie était le plus fort de tous, trois ou quatre étages au-dessus de tout le monde. Lorsqu'il était président de l'OM, j'étais éditeur sur Toulon, j'étais supporteur de l'OM. Les derniers matches que j'ai pu voir au Vélodrome remontent à cette époque. Je sais, je ne devrais pas dire ça car la rivalité entre Toulon et Marseille est une réalité... que je trouve stupide d'ailleurs. De toute façon, pour le moment, il n'y a pas de rivalité possible, l'écart est trop grand.

    Rêvez-vous d'un nouveau derby Toulon-Marseille ?

    Evidemment, c'est aussi penser à ce genre de rendez-vous qui fait avancer.

    Entre l'OL d'Aulas, l'OM de Tapie, à quoi va ressembler le Toulon de Boudjellal ?

    Vous oubliez les Verts de Saint-Etienne, mes héros de jeunesse, ceux que je collectionnais en vignettes Panini ! Mon Sporting n'aura rien à voir, je vais essayer de construire un modèle à moi, une sorte de mixte entre ce que j'ai vécu au Racing et ce que je vois des clubs de foot depuis l'extérieur; les valeurs du rugby, auxquelles je suis très attaché et le pragmatisme économique du foot.

    En vous lançant dans un club géographiquement aussi proche de l'OM, ne risquez-vous pas de rester dans son ombre ?

    Franchement, je n'y pense pas. Je trace ma route. Et je ne vois pas en quoi la présence de l'OM peut être un handicap pour le Sporting. Au contraire, cette rivalité doit nous transcender, nous aider à tout faire pour rejoindre le plus haut niveau. Ces grandes rivalités régionales peuvent être profitables. Déjà parce que ça fait deux grosses recettes assurées (rires), ensuite parce que cette émulation vous interdit d'être moyen, vous pousse à l'excellence.

    Que pensez-vous de l'OM de McCourt ?

    J'ai du mal à cerner ce qu'il veut faire... Alors que tout marche bien, que les résultats sont là, on pourrait s'attendre à ce qu'il augmente la voilure pour franchir un palier. Au contraire, il freine pour réduite la vitesse. Dans son projet, le plus dur était de tomber sur le bon coach qui parviendrait à monter une équipe sportivement compétitive. A la base, ce n'était pas gagné. Cette saison, ils ont un super coach, des résultats, un vrai engouement... tout ça pour quoi ? On se dit : « s'il ne passe pas la vitesse supérieure maintenant quand est-ce qu'il le fera ? »

    « Je suis certain qu'Eyraud pense comme moi, mais il applique ce que lui dit son actionnaire majoritaire »

    Cela remet-il en cause sa motivation de bâtir un grand club à Marseille ?

    Je m'interroge sur ses réelles ambitions, sur sa stratégie. Quand on s'attache davantage à ses bilans financiers qu'à ses résultats sportifs, quand on veut aussi bien habiller la mariée... ça peut vouloir dire qu'on veut la vendre. En tout cas, vu de l'extérieur, je ne comprends pas pourquoi il n'exploite pas davantage cette bon-ne passe sportive. En fait, on a l'impression que quand ça va trop vite... il freine ! Or, pour exister en Ligue des Champions, qui reste la compétition de référence pour un club de la dimension de l'OM, vous ne pouvez pas avoir en permanence le pied sur le frein.

    McCourt a déjà dépensé 300 M€, une somme qu'il pensait suffisante pour atteindre la Ligue des Champions avant...

    C'est dur, la Ligue des Champions. Mais j'ai la faiblesse de penser que le potentiel hors norme de l'OM peut lui permettre de l'atteindre, au moins de s'y qualifier régulièrement.

    Que feriez-vous à sa place ?

    Je ne ferais pas ça... Normalement, l'OM devrait se situer au même niveau que le PSG, dominer à deux la Ligue 1 et se partager les lauriers, médiatiques, économiques, populaires. Le président Eyraud a fait du bon boulot en allant chercher Villas-Boas, une vraie perle. Et je suis certain qu'il pense comme moi. Mais il applique ce que lui dit son actionnaire majoritaire.

    Quatre ans après l'arrivée des Américains, l'OM n'a toujours pas remis un pied en Ligue des Champions, est-ce normal ?

    Cette ville pue le foot et dégage une magie unique, possède une âme que n'aura jamais le PSG. En France, un film de Marcel Pagnol fera toujours plus d'entrées qu'un de Wim Wenders. Parce qu'il est difficile de s'identifier à ce PSG qui est assimilé à un état et qui est devenu une véritable province du Qatar.

    Avec le Sporting, quelles relations allez-vous nouer avec l'OM ?

    Avant de parler de l'OM, on va déjà s'attacher à développer l'identité toulonnaise, exploiter ce potentiel, grandir à notre rythme sans chercher à se comparer à notre voisin qui évolue sur une autre planète pour le moment. Je ne chercherais pas forcément à me rapprocher de lui car je ne veux pas être sous tutelle. Par contre, je n'exclue pas de nouer des liens contractuels avec des clubs étrangers. Mais avant, nous avons notre coupe d'Europe à gagner, cette Ligue 1 à reconquérir. Quand j'y pense, c'est gonflé (rires) !

    N'auriez-vous pas préféré arriver à la tête de l'OM ?

    Avec mon caractère, c'est impossible ! Je suis bien à Toulon, dans ma ville, entre deux séjours sur Paris où j'ai mes affaires.

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