En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.

Ecrivez sur votre club L'actualité de votre club
    Jean-Philippe Durand : « Tapie était le plus grand menteur de la terre »

    HORS-JEU

    Actus

    HORS-JEU

    Jean-Philippe Durand : « Tapie était le plus grand menteur de la terre »

    25 août 2019

    INTERVIEW EXCLUSIVE

    Davantage que beaucoup d'autres joueurs plus en vue, Jean-Philippe Durand aura symbolisé l'OM des années 90 comme joueur, l'OM des années 2000 comme dirigeant dans une grande permanence qui aura tranché au cœur d'un club génétiquement instable. Entretien vérité sur l’OM. D’hier et d’aujourd’hui.

    Jean-Philippe, quand on vous dit OM, vous pensez immédiatement à quoi, à qui ?

    Au stade, à l'ambiance du Vélodrome qui représente l'ancrage très fort du club dans sa ville, le rassemblement de toutes les entités, de toutes les formes de population de Marseille. Quand vous jouez à l'OM, forcément, ce stade représente le soutien et, à titre personnel, de superbes moments, de grandes victoires.

    Une énorme pression aussi, non ?

    Oui, forcément, car même lors des années fastes - on a tendance à l'oublier -, on a vécu des moments difficiles et aucune saison n'a été linéaire, sans période de crise. Ça reste un endroit volcanique.

    Dans le temps, quel joueur représente le mieux l'OM selon vous ?

    (longue réflexion) Jean-Pierre Papin, parce qu'il était un joueur à part, qui réalisait des choses que les autres ne pouvaient pas faire, grâce à une explosivité et une efficacité extraordinaires. Marquer près de trente buts par saison sur une aussi longue durée, c'est exceptionnel. Il représente les années Tapie, le fer de lance de l'équipe, celui qui était le plus en vue, aussi parce qu'il était à la finition et con-crétisait tout le travail de l'équipe. Et c'est d'ailleurs un énorme paradoxe qu'il n'ait pas été champion d'Europe avec nous, pire, qu'il ait perdu la coupe d'Europe face à nous.

    Et l'entraîneur le plus symbolique ?

    J'en citerais deux : Gérard Gili et Raymond Goethals. Gili parce qu'il avait un ancrage olympien très fort, Goethals parce que c'est lui qui était assis sur le banc le soir de notre victoire à Munich. S'il était Belge, cet hom-me était aussi complètement Marseillais dans ses attitudes, son relationnel avec les journalistes, son humour. Gili était Marseillais et très nordiste dans son tempérament, Goethals c'était l'inverse !

    « Tapie n’a pas de concurrence »

    Pour le président emblématique, on imagine que vous choisissez Bernard Tapie.

    Forcément ! Il n'a pas de concurrence. J'ai dû le croiser deux fois en vingt-cinq ans, je n'avais pas d'affinités particulières avec lui quand je jouais, mais il m'a appris énormément de choses dans le management, le rapport aux autres, car il était très fort dans les relations humaines.

    Pourquoi n'aviez-vous pas d'affinités particulières ?

    Parce que je ne me suis jamais laissé aspirer par le personnage. J'ai toujours gardé du recul par rapport à l'homme, à la capacité qu'il avait aussi de vous manipuler. Car c'était aussi le plus gros menteur de la terre ! Et en même temps un homme très brillant, intelligent, mais qui devait sentir que je portais sur lui un regard distancié.

    Le club a toujours fonctionné dans son histoire avec des hauts, très hauts, et des bas, parfois très bas. Peut-il exister différemment, entrer un jour dans le rang ?

    Non, de par son environnement, la nature de ses supporteurs, il est condamné à vivre ainsi. Le travail des dirigeants doit juste consister à réduire le plus possible l'amplitude entre les hauts et les bas, pour avoir davantage de constance dans les résultats. Et dans ce domaine, il y a beaucoup mieux à faire que ces vingt dernières années.

    Quel regard portez-vous sur les années Robert Louis-Dreyfus que vous avez vécues de l'intérieur ?

    Avec les moyens qu'il y avait dans le foot du début des années 2000, qui n'était pas celui d'aujourd'hui, on peut parler d'un immense gâchis. Beaucoup de mauvais choix ont été faits, de mauvaises options ont été prises qui n'ont pas permis au club de se situer au niveau qui aurait dû être le sien eu égard aux investissements effectuées.

    Et McCourt, qu'en pensez-vous ?

    Au départ, il y avait beaucoup de bonnes intentions autour de son projet. Mais tous les pions n'ont pas été alignés dans le bon ordre et trop d'erreurs ont été accumulées sur une très courte période. Au final, le projet est freiné et s'il doit se réaliser un jour, ça prendra plus de temps que prévu... même si beaucoup de choses intéressantes ont été réalisées. Le trou d'air sportif de la saison passée sera difficile à combler.

    Ne manque-t-on pas trop de patience avec l'OM de manière générale pour espérer construire quelque chose de solide dans la durée ?

    C'est moins une question de patience, indispensable quand même, que de communication. Il faut expliquer aux gens la nature du projet, sur le court et le long terme. Or, il y a un vrai déficit à ce niveau avec un présent sportif et financier difficile qui trouble la stratégie globale. Les supporteurs sont forcément excessifs, mais ils sont capables de comprendre si on leur explique.

    « Le trou d’air sportif de la saison passée sera difficile à combler »

    Qu'attendent au juste les supporteurs, seulement des victoires et des titres ?

    Ils attendent surtout de pouvoir s'identifier à des joueurs, à un style de jeu. Donc le profil technique et mental des joueurs recrutés est un des paramètres primordiaux de la réussite ou de l'échec de l'équipe. Dans un marché de plus en plus volatile, où les joueurs ne sont souvent que de passage, il est capital d'en trouver qui ont du caractère, qui, dans les moments difficiles, continuent de tenir la barre sur le terrain et en dehors. A notre époque, quand on vivait des moments de crise, et il y en a eus beaucoup, il y avait des tauliers qui répondaient présents, qui ne lâchaient rien et incitaient les autres à faire pareil. Ce n'était pas forcément les meilleurs footballeurs mais, humainement, mentalement, ils avaient l'étoffe pour jouer et durer à l'OM. C'est ce genre de joueurs qui manque cruellement... ainsi qu'un effectif équilibré, ce qui était loin d'être le cas la saison passée.

    Comment envisagez-vous la saison qui débute ?

    Je ne suis pas plus inquiet que ça parce que beaucoup de joueurs ont des choses à se faire pardonner et seront forcément revanchards. Avec un nouveau coach qui va les obliger à puiser dans leurs ressources, ça peut déboucher sur un nouvel élan, sur des prestations plus en rapport avec leur statut et les attentes des supporteurs. Tout va dépendre des résultats du début de saison et de la capacité des recrues à s'intégrer rapidement dans le projet de jeu de Villas-Boas.

    > Retrouvez cette entretien ainsi que toute l'actu de l'OM dans le magazine Le Foot Marseille, actuellement chez votre marchand de journaux.


    Vous avez aimé cet article ? Faites-le savoir !


    Votre article dans

    Ecrivez sur votre club